Il y a un truc vraiment pratique en Inde, si vous n’allez pas faire les courses, eh bien les courses viennent à vous ! Plutôt chouette, tous les matins vous êtes réveillé par une voix bien stridente (dont vous ne saisissez pas un traître mot) mais peu importe, le style criard est bien suffisant pour vous informer que vous avez affaire à un vendeur de fruits ou de légumes ambulant.
Aujourd’hui c’est donc dimanche et je viens d’entendre les avertissements sonores bien connus qui m’indiquent que je peux venir remplir mon frigo. Je me précipite donc sur le balcon et fait signe à mon vendeur, ce matin je suis chanceuse, les vendeurs de fruits et de légumes sont là en même temps. Un instant plus tard me voilà en bas dans la rue face à deux plateaux montés sur de grandes roues en bois et remplis de fruits et légumes de toutes les couleurs.
Le choix est vaste et je ne me prive pas, je me laisse même tenter par quelques racines biscornues un peu bizarres mais je fais confiance à mon « cook » qui saura bien s’en débrouiller. J’hésite face à des espèces d’oignons géants à la peau épaisse qui renferment de petites graines rouges un peu bizarres, hum … bon ça sera pour la prochaine fois.
Voilà, ça y est j’ai fait mon choix et le tout est bien empaqueté dans des petits sacs en plastique bleus méticuleusement noués et renoués bien serrés pour être déballés d’ici 2 minutes. Il faut maintenant payer. « pachas, ek sau chalis ». …………. je fais un grand sourire au vendeur, quelques mouvements de sourcils polis et ……….. et rien ; « pachas, ek sau chalis ». Sans blague, la bonne affaire, il ne parle pas un mot d’anglais évidemment, même pas les nombres ? Mon œil oui. Bon après de multiples tentatives diverses, pas moyen d’en tirer quelque chose, il ne décroche pas de ces « pachas » et « ek sau chalis ». Me voilà bien tiens, en short, pieds nus dans la rue, de si bon matin et un dimanche, luttant avec mon esprit embrumé à la recherche de quelques vagues réminiscences d’Hindi.
Je gesticule un peu dans tous les sens, il me répond en tortillant les doigts (quelle scène !) et je finis par enfin comprendre que les fruits sont « pachas », cinquante, et les légumes « ek sau chalis », cent quarante. Tout ça pour ça, bref, assez contente quand même d’être parvenue à mes fins je sors ma monnaie et m’apprête à payer quand une main se tend au-dessus de la charrette. La voisine vient d’arriver pour régler ces 3 pommes que son mari a âprement négociées depuis le balcon, une serviette nouée autour des reins et encore tout dégoulinant de sa douche (si si je vous le jure !).
Je regarde l’échange se faire, quand un sentiment bien connu vient me transpercer et réveiller en moi les nuages du doute ... Mais pourquoi la dame donne des pièces elle ? ? ? Pourquoi ma facture à moi, comme par hasard, tombe toujours sur un prix rond ? Jamais de 43 roupies ou 139, non, non, toujours 50 ou 140, alors que la dame, elle, vient de payer ses pommes 14 roupies … pas 15.
Je regarde mon sac en plastique, bon d’accord, j’ai pas pris de pommes.
Avant que je puisse dire quoi que ce soit le vendeur a saisi mes billets et s’éloigne déjà. Si j’étais mauvaise langue, je dirais même que je le vois sourire … me serais-je fais avoir là … ? hum, bon, la livraison à domicile vaut peut être ça … mais faut vraiment que je me mette à l’hindi !