métiers en vrac

Dimanche 5 juin 2005

L’Inde regorge de petits metiers.

La culture hindoue et la hiérarchisation des individus en castes contribue particulierèment à cette multiplication des activités. Suivant leur degré de pureté, les indiens ne s’abaissent pas à certaines taches, ils font appel à un individu de rang inférieur qui execute pour eux ce qui est indigne de leur statut.

Mais cette foison de métiers est aussi en grande partie la conséquence directe d’une pauvreté qui pousse a développer une quantité de services vendus afin de gagner quelques roupies et faire vivre sa famille.

J'appelle ça une "vie en kit". Vous prenez un petit peu de ça à gauche, un petit peu de çi à droite, celui-ci vient vous aider pour ça et celui-là vous remplasse pour çi, au final rassemblez le tout et vous obtenez ce que vous cherchiez !


Bref, vous trouverez dans cette rubrique des exemples de ces petits jobs, parfois inattendus, des portraits aussi et pourquoi pas des idées de business à developper près de chez vous ??? ;-)

 

Par elodie
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Vendredi 29 juillet 2005

 Je dois avouer que je n’en avais jamais vu auparavant, mais ne fus pas si surprise de croiser ces 4 hommes supportant à bout de bras un gros indien confortablement installé sur son siège.

J’ai beau avoir appris les mécanismes de l’Inde, je me sens toujours mal a l’aise devant de telles scènes, un peu dégoûtée et révoltée en fait. D’autant plus révoltée lorsque je remarque les autres passants saluer respectueusement le prélat qui use de 4 hommes éreintés pour le transporter en haut de cette colline où est perché le temple qu’il vient visiter. “char sau” je l‘entends dire, “quatre cents”, montrant dédaigneusement 4 doigts boudinés aux autres dévots qui grimpent, eux, à pieds, les quelques centaines de marches qui mènent au temple. 400 roupies, c’est le prix qu’il a payé pour bénéficier de ce “service”. 100 roupies par homme, un peu moins de 2 euros, pas mal payé si l’on s’en réfère au standard indien, mais quel esclavage …

Les hommes tremblent sous le poids de leur charge, les marches sont très raides et ils doivent s’arrêter régulièrement pour récupérer. Il est environ 13:00, le soleil est bien haut, les nuages du matin ont disparus, pas un coin d’ombre. Il faut ajouter à ça que l’itinéraire à suivre zigzague un peu, négocier des virages à 90 degrés n’est pas aisé dans une telle situation.

Il est certainement d’une caste très élevée, sans doute un brahmane d’où le respect que lui manifestent certains individus dans la foule. C’est cela l’Inde, des hommes au service des autres, des “impurs” et des “purs”, ceux qui ont l’argent … et ceux qui n’en ont pas.

Les 4 hommes et leur charge continuent péniblement leur ascension, je passe mon chemin et continue à descendre. Un peu plus loin un sadu me tend son moignon où l’os est saillant, “bakchich” qu’il me dit, c’est cela l’Inde.

Par elodie
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Samedi 30 juillet 2005

Mais oui, ne riez pas, ça existe et c’est même plutôt populaire en Inde. Imaginez que vous êtes là, c’est dimanche après-midi et vous êtes venu visiter la grande mosquée de Delhi. Vous vous reposez tranquillement sur les marches de l’édifice, un peu indifférent au brouhaha qui vous entoure, les enfants jouent au cricket en contre-bas et vous êtes d’ailleurs assez content car votre petit dernier vient d’éliminer Rajesh Kumar Singh (le fils du voisin que vous n’aimez pas trop) en envoyant un coup de batte très remarquable, c’est bien fiston. Bref, tout va pour le mieux.


L’instant est idéal pour prendre un peu soin de soi, rien de tel qu’un bon nettoyage d’oreilles pour apporter la touche finale qui manque à cet agréable moment. Vous vous mettez donc en quête d’un professionnel de la question. Après quelques minutes à scruter la foule vous apercevez un petit bonnet rouge (ou tout du moins un tissu de la couleur faisant office de couvre-chef). Vous hélez l’individu d’un signe de la main ; il se dirige vers vous. Le garçon est vêtu assez modestement, il vous sourit de ses plus belles dents jaunes et dégaine sont attirail de sous son chapeau. La sueur qui lui mouille les tempes et vient allègrement lubrifier les instruments ne vous rebute pas, c’est un professionnel.


La suite se passe assez vite, l’homme connaît son affaire et en quelques minutes l’histoire est réglée. Il replace les différentes tiges nettoyantes et récurrentes sous le rebord de son bonnet, toujours trempé de sueur, et vous lui tendez 10 roupies ; c’est fantastique, vous n’avez jamais été plus heureux. Si heureux qu’ils vous faut absolument partager cet instant avec votre ami Louis, venu spécialement de France pour vous rendre visite. Dans un élan de générosité vous lancez “allez je te l’offre, si, si, ça me fait plaisir”, le bonnet rouge est toujours là, avec les tiges encore toutes chaudes d’avoir exploré votre conduit auditif, prêt à dégainer de nouveau. Louis fait la moue, vous ne comprenez pas pourquoi, c'est fou ce que les gens sont peu reconnaissants …

Par elodie
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Dimanche 4 septembre 2005

Il y a un truc vraiment pratique en Inde, si vous n’allez pas faire les courses, eh bien les courses viennent à vous ! Plutôt chouette, tous les matins vous êtes réveillé par une voix bien stridente (dont vous ne saisissez pas un traître mot) mais peu importe, le style criard est bien suffisant pour vous informer que vous avez affaire à un vendeur de fruits ou de légumes ambulant.


Aujourd’hui c’est donc dimanche et je viens d’entendre les avertissements sonores bien connus qui m’indiquent que je peux venir remplir mon frigo. Je me précipite donc sur le balcon et fait signe à mon vendeur, ce matin je suis chanceuse, les vendeurs de fruits et de légumes sont là en même temps. Un instant plus tard me voilà en bas dans la rue face à deux plateaux montés sur de grandes roues en bois et remplis de fruits et légumes de toutes les couleurs.


Le choix est vaste et je ne me prive pas, je me laisse même tenter par quelques racines biscornues un peu bizarres mais je fais confiance à mon « cook » qui saura bien s’en débrouiller. J’hésite face à des espèces d’oignons géants à la peau épaisse qui renferment de petites graines rouges un peu bizarres, hum … bon ça sera pour la prochaine fois.


Voilà, ça y est j’ai fait mon choix et le tout est bien empaqueté dans des petits sacs en plastique bleus méticuleusement noués et renoués bien serrés pour être déballés d’ici 2 minutes. Il faut maintenant payer. « pachas, ek sau chalis ». …………. je fais un grand sourire au vendeur, quelques mouvements de sourcils polis et ……….. et rien ; « pachas, ek sau chalis ». Sans blague, la bonne affaire, il ne parle pas un mot d’anglais évidemment, même pas les nombres ? Mon œil oui. Bon après de multiples tentatives diverses, pas moyen d’en tirer quelque chose, il ne décroche pas de ces « pachas » et « ek sau chalis ». Me voilà bien tiens, en short, pieds nus dans la rue, de si bon matin et un dimanche, luttant avec mon esprit embrumé à la recherche de quelques vagues réminiscences d’Hindi.


Je gesticule un peu dans tous les sens, il me répond en tortillant les doigts (quelle scène !) et je finis par enfin comprendre que les fruits sont « pachas », cinquante, et les légumes « ek sau chalis », cent quarante. Tout ça pour ça, bref, assez contente quand même d’être parvenue à mes fins je sors ma monnaie et m’apprête à payer quand une main se tend au-dessus de la charrette. La voisine vient d’arriver pour régler ces 3 pommes que son mari a âprement négociées depuis le balcon, une serviette nouée autour des reins et encore tout dégoulinant de sa douche (si si je vous le jure !).


Je regarde l’échange se faire, quand un sentiment bien connu vient me transpercer et réveiller en moi les nuages du doute ... Mais pourquoi la dame donne des pièces elle ? ? ? Pourquoi ma facture à moi, comme par hasard, tombe toujours sur un prix rond ? Jamais de 43 roupies ou 139, non, non, toujours 50 ou 140, alors que la dame, elle, vient de payer ses pommes 14 roupies … pas 15.


Je regarde mon sac en plastique, bon d’accord, j’ai pas pris de pommes.


Avant que je puisse dire quoi que ce soit le vendeur a saisi mes billets et s’éloigne déjà. Si j’étais mauvaise langue, je dirais même que je le vois sourire … me serais-je fais avoir là … ? hum, bon, la livraison à domicile vaut peut être ça … mais faut vraiment que je me mette à l’hindi !


Par elodie
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