chroniques du quotidien

Mardi 2 août 2005

Lisez ce titre et relisez le, jusqu’à comprendre vraiment ce qu’il veut dire, ils vivent, parmi les cochons. 

Cette phrase me transperce tous les matins lorsque je vais au bureau. La route est bordée de bidonvilles, de taudis et autres amas de détritus diverses servant de « maisons » à des dizaines et des dizaines de familles indiennes.

La communauté porcine y fait foison, partout, ils grouillent, fourant leur groins jusque dans les hamacs souillés, reniflant la farine des chapatis, défèquant a l’entrée des abris de fortunes. Mon dieu, dans quel monde vit-on … 

Les enfants sont là, dans toute cette misère infame, à portée de pots d’échappement, pataugeant dans les mares boueuses laissées par la mousson. Les plus grands (4 ans tout au plus) portent les plus petits (quelques mois) ; pour aller où ? A la déchetterie, quelques centaines de mètres plus loin, voir si il n’y aurait pas quelques bouts de chiffons a glanner ? Le dernier hamac confectionné par papa vient de lacher, si ils pouvaient éviter de dormir par terre ce soir ce serait bien, sinon tant pis, ce ne sera pas la première fois, ni la dernière d’ailleurs. 

Maman fait la lessive, à quelques pas de là, sans savon bien sur, avec un baquet d’eau douteuse. Elle roule le linge en boule et tappe plusieurs fois le petit paquet confectionné sur le goudron (ou ce qu’il en reste). La tâche est vite réglée, il n’y a pas beaucoup de pièces à laver. Voilà une journée, longue, qui commence, une journée à attendre, que la vie passe. 

Deonis, le serveur de thé au bureau, me disait il y a quelques temps : "what is my life ? I pray God, but, what can I do ? What is my life … ". Et Deonis avait pourtant un travail, lui. Est-ce que ces gens, dans leur abris insalubre, prient Dieu le soir ?

Par elodie
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Samedi 6 août 2005

Bon, replantons un peu le décors ; mon entreprise a décidé de déménager à Baroda, petite ville du Gujarat, et Baroda a décidé de mettre les entreprises dans la zone « industrielle », logique. Sauf qu’en Inde, la zone « industrielle » est plutôt une zone « de campagne », avec des industries. Je récapitule donc pour ceux qui ne suivraient pas, ainsi, je vais gaiement, tous les matins, dans la zone « industrielle » « de campagne » pour retrouver mon usine préférée. Et le soir, toujours gaiement, je rentre par les mêmes petites routes defoncées (campagne oblige), zigzaguant entre trous, ornières, et marres à canards.

Sauf qu’en Inde, en ce moment, c’est la mousson, et que la mousson ça signifie, beaucoup mais vraiment beaucoup d’eau.

Le recit suivant se passe donc dans ce decors, je viens de quitter l’usine et me retrouve stoppée, quelques centaines de mètres plus loins, par un obstacle qui mérite réflexion.

Et nous y voilà, d’un coté la route, droite, évidente avec son étendue d’eau boueuse pleine d’incertitudes et de trous malicieux prêts à m’engloutir. De l’autre le bas côté, tortueux, pour le coup vraiment boueux mais limpides des difficultés qui m’y attendent … Mon coeur balance, après moult réflexions difficiles je finis par me décider, va pour le bas côté ! Je sers donc la poignée de l’accélérateur et m’engage résolument sur les traces de mes prédécesseurs. Le début se passe plutôt bien et je me félicite intérieurement de ce choix judicieux. Je lorgne vers un autre individu qui, lui, a choisi la traversée incertaine et ce démene dans les nids de poules qui avalent sa moto sans prevenir, ce qui, bien sur, a pour effet de l’asperger joyeusement. He, he, he, moi, je suis au sec.

Mais d’un coup, les évènements semblent se précipiter. La moto patine, s’embourbe, dérape, ouh la la, je vais perdre l’equilibre … pas le choix il va falloir mettre un pied à terre ! A « terre », que dire … ma chaussure est à peine entrée en contact avec ce qui devait être le sol que je la vois disparaître sous une masse gluante et gloutonne. Horreur … , la moto s’incline, rugissant des gerbes de boues noiratres à tout va. A cet instant précis, et pour ceux qui ne suivraient toujours pas, ma situation est … vraiment critique, bien que, je tiens à le préciser, je sois encore entièrement au sec (sauf la chaussure droite pour qui, malheureusement, il n’y a plus rien à faire). Dans un dernier réflexe de survie donc, ma main lache l’accélérateur et tente de réceptionner mon « déséquilibre », mais trop tard, la gravité a fait son oeuvre, je m’affale de tout mon côté dans la marre.

Mon compagnon motard a disparu, remplacé par une colonie de cageots pourrissants qui flottent gaiement vers d’autres horizons, emportés par le torrent de la mousson. Papiers collants et autres détrituts de la déchèterie sont également du voyage, et tout ce petit monde défilent gentillement sous mon nez, encouragés par le couinement joyeux des porcinets qui semblent s’exclaffer à n’en plus finir sur ma piètre situation.

C’est un grand moment de solitude.

Ce sont dans ces instants précis que votre amour du pays et de l’expatriation sont mis à rude épreuve … Mais si, mais si, l’Inde est un pays formidable, j’adore.

Par elodie
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Samedi 6 août 2005

Aujourd’hui, le riz était tellement épicé que Gerardo a dû y mélanger sa banane pour atténuer le feu. D’habitude on s’en sort assez bien avec le riz blanc et quelques chapatis, mais aujourd’hui, pas moyen.

De mon cote je sors l’affaire à grand renfort de sauce tomate et saucisson. C’est devenu mon habitude, depuis quelques semaines, afin « d’égailler » un peu les repas, j’amène de la sauce tomate basilic (oui, oui j’en trouve chez l’épicier du coin) et quelques tranches de sauss directement importé de France via les collègues de passage pour affaires. Les jours fastes, je m’autorise même une tranche de fromage, trop cool ! … enfin bon, le truc à raclette sous cellophane, mais c’est déjà pas mal.

C’est quelque chose la nourriture en Inde, les indiens ne savent pas manger sans piment et triple dose de poivre, pour eux, c’est ça le goût. Dur, dur pour les palais occidentaux. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis faite avoir : « no no Madam, not spicy, not spicy » et que j’y vais de croquer dans mon sandwich à pleines dents … et que je sens les larmes me monter aux yeux ! Not spicy qu’il avait dit …

Par elodie
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Samedi 24 septembre 2005

Ah ça oui les buffles !!! J’étais contente, voyez-vous, j’avais trouvé une nouvelle route pour rentrer chez moi, pas trop de circulation, pas trop de trous, bref, l’idéal pour s’en retourner paisiblement chez soi après une journée de travail bien remplie. Mais voilà, le seul hic c’est que cette route je ne suis pas la seule à l’emprunter … Tout irait pour le mieux si un troupeau de buffles ne se trouvait pas systématiquement sur le même chemin que moi tous les jours à la même heure.

 

C’est quand même quelque chose ! Mais pourquoi empruntent-ils chaque jour le même trajet, à heure fixe !!!! Ils rentrent de l’usine, non, sans blagues … Et où vont-ils d’abord ? Leur marre devrait bien leur suffire, tous les matins je les vois tremper joyeusement dans un marécage en bordure du trajet.

Bref, la migration des buffles est bien obscure pour moi. N’en reste pas moins que tous les soirs, je me retrouve à zigzaguer entre des postérieurs énormes qui se dandinent nonchalamment. Et ne riez pas surtout, car si la situation paraît cocasse elle n’en est pas moins dangereuse ! Car un buffle, voyez-vous, ça n’a ni phare, ni moteur, héééééééééé oui tiens ! Et donc un buffle, dans la nuit noire, ça ne se voit pas, ça ne s’entend pas …

 

Alors je vous épargnerai la description de la collision entre un buffle et une moto avec son conducteur (en l’occurrence moi) … Mais bon si vous voyez ce que je veux dire, mieux vaut que je perfectionne ma dextérité du guidon ! Ah, incredible INDIA …


Par elodie
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Mardi 11 octobre 2005

Celle-ci je suis sure que vous ne l'avez jamais vue !

He oui, in INDIA les photocopieuses aussi ont droit à leur bénédiction. Demain c'est Deshara, tous les outils doivent être bénis pour qu'ils amènent chance et prospérité. Dans l'usine toutes nos machines ont ainsi eu droit à leur rituel. Distribution de noix de coco, encens, tikha sur le front ... Avec tout ça le business ne peut qu'être bon !


 Petite remarque, vous noterez sur la machine la si controversée croix gammée ou swastika pour les indiens. Un intéressant article est écrit ici par Guillaume à ce sujet. Personnellement cette croix (qu'on trouve partout en INDE) ne me dérangeait pas jusqu'à ce que j'en trouve un exemplaire noir sur fond blanc collé sur une moto. Je sais que ce symbole est synonyme de chance pour les indiens mais la ressemblance avec le sinistre emblème nazi était cette fois trop frappante pour qu'elle passe inaperçue à mes yeux.


Par elodie
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L'hiver est fini ! Ah bon il était arrivé ? 3 semaines, quelques pulls plus tards et un rhume, revoilà la douceur chaleur qui revient. 25° l'après midi, enjoy Delhi !
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